Croisière à Poulo Waï

Le 17 mars, un violent orage éclate quand nous embarquons au crépuscule. La foudre fracasse l’air en salves enragées, et les grosses gouttes mitraillent les toiles qui bâchent les grandes ouvertures…
En embarquant à Sihanoukville, sur le Sun, nous avions été éblouis par le confort et l’espace : 22 m de long, 7 m de large, trois niveaux. Pour chacun des six chasseurs, cabine individuelle, avec ventilateur, douche, eau chaude et WC. Il y a même une douche sur la plage arrière, pour se rincer à l’eau douce en sortant de l’eau. Un luxe inouï ! Et un bar panoramique, mais qui n’a pas fait d’affaires avec nous. Robert, le patron et concepteur du Sun, aime chasser. Il est cuisinier de formation, plongeur, et a voulu un bateau dédié au bien-être et au plaisir.
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Jean-Claude Levasseur à bord du Sun, à Poulo Waï. |
Premiers poissons
Nous sommes installés au sec et mangeons de grandes assiettes de spaghettis bolognaise. Un grand moment ! Quand la pluie cesse, vers une heure du matin, le Sun appareille et nous sombrons dans le sommeil.
À l'heure du petit déjeuner, un soleil éclatant brille dans le ciel lavé. Koh Tang est derrière nous ; une ligne basse sort lentement de l’horizon : Poulo Waï ! Nous préparons les arbalètes. Nous dépassons deux bateaux qui tractent un lourd chalut, comme deux bœufs attelés à une charrue. Un couple d’aigles pêcheurs tourne lentement au-dessus d’une pointe. Il est 9 h 30 ; le Sun jette l’ancre à 200 m de la côte. Assis sur la plage arrière, nous ajustons les palmes, hésitant à survoler le bleu, 100 m au-dessus du vide, puis le fond commence à apparaître, très loin. Pas de courant. Les bancs de petits caesio bleus, dispersés, indiquent qu’il n’y a pas de prédateurs. Visibilité : 20 m au moins.
Les poissons de plus de 2 kg sont rares. Hugo ramène une carangue de 9 kg et le capitaine, Robert, un cobia de 5 kg. On sort de l’eau vers une heure pour un solide repas, puis le Sun part s’ancrer à la pointe à l’abri du vent. Trente mètres de "visi", des grands blocs baignés d’une lumière bleue : un site splendide ! Trois heures de chasse jusqu’au crépuscule : je vois un mérou de 8 kg, et un cobia de 25 kg, mais ne prends rien. Tandis que Jean-Claude traque ce que nous appelons des carpes rouges, Xavier ramène un mérou de 10 kg et une carangue de 11 kg ; les prédateurs sortent quand la lumière baisse.
Dynamitage au plateau du large
Le lendemain, nous partons vers le plateau du large. Visibilité : 25 m ; profondeur : 14 m. Je remonte un léger courant, tandis que les autres partent avec l’annexe chasser en dérive. Sable et petites roches plates, très peu de poissons, le vide. De temps en temps, un passage de pélagiques sur la bordure roche-sable, dans le courant de la pente du plateau, sur 18-20 m. La clarté de l'eau s’est améliorée et atteint au moins 30 m. J’aperçois des petits poissons qui gisent au fond, sur une zone grande comme un terrain de volley. Dynamite ? Je commence par rater deux gros thazards qui nagent à 4-5 m au-dessus du fond. Et pourtant, je croyais être à bonne distance.
Enfin, je me rapproche des deux thazards, qui nagent côte à côte. Une coulée et je suis presque à portée, quand le fracas d’une explosion lointaine me fait sursauter. Dynamite ! Les thazards continuent leur route imperturbablement. J’en profite pour me rapprocher, mais le tir est hasardeux. J’oblique donc vers son jumeau, un peu plus loin. J’accélère et appuie sur la monopalme pour gagner sur lui. Tir. Touché dans la queue.Je me laisse traîner, il me tracte vers la surface. Je remonte en raidissant la drisse, le thazard faiblit, je le ramène à moi. La flèche ne tient plus que par un lambeau de chair. Je parviens à l’attraper par la queue, mais mon accroche-poissons est encombré de deux prises de 5 kg et je n’arrive pas à lui glisser dans l’ouïe : il fait un rush, m’échappe, se déchire un peu plus. Je le ramène doucement et parviens à enrouler le filin autour de sa queue ! Retour au bateau, en me laissant porter par le courant. 16 kg.
Le fléau de la dynamite La dynamite, on en entendait quatre à cinq pétards à chaque pêche, sans jamais voir le bateau qui la balançait. Le son porte très loin sous l'eau, c’était à 20 km, peut-être ? La dynamite est employée dans les lieux sans surveillance, et détruit surtout les poissons sédentaires - mérous, carpes rouges - et les petits poissons. Les grands poissons pélagiques sont touchés de manière indirecte, quand les bancs de petits poissons dont ils se nourrissent sont décimés.Dire aux dynamiteurs de penser aux générations futures ? La mer appartient à ceux qui viennent se servir. Et ces pêcheurs voudraient surtout que leurs enfants fassent un autre métier que celui de pêcheur ! La dynamite, c'est du fric tout de suite pour payer des études, ou pour aller voir les filles du port. Seule la surveillance fait reculer la dynamite : dans certaines zones, comme devant l’îlot Cône, ou à proximité du poste de police de Poulo Waï, il y a des juvéniles d’espèces sédentaires, telles que les truites de mer, toutes calibrées à la même taille, ce qui permet de dater à peu près le dernier dynamitage à trois ou quatre ans. Le tourisme sous-marin jouera sans doute un rôle dans la préservation de l’environnement, en amenant des moyens financiers et une surveillance. À quand la sauvegarde de l’environnement par la chasse sous-marine ? Possible, mais à condition qu’elle aussi contribue à payer la surveillance, comme les autres. Mais actuellement, les chasseurs sont en train d’être chassés par les clubs de plongée. |
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